DIY : le Paret de Bougnat, sur la base du Paret de Manigod

Posté le par | Réponse(s) : 6

Aujourd'hui, je laisse de côté l'aspect informatique (et le Raspberry Pi 2 que j'ai reçu il y a quelques jours) pour m'adresser aux amoureux de glisse et de bricolage.
Je vais donc vous proposer de dépoussiérer une vieille technique de glisse utilisée en Haute-Savoie, et plus particulièrement dans la vallée de Manigod, depuis plus d'un siècle. Le paret de Manigod est une sorte de luge en bois équipée d'une planchette permettant de s'asseoir et reposant sur un seul patin ferré. Cette luge était un moyen de déplacement utilisé par les enfants pour se rendre à l'école plus bas dans la vallée.

De nos jours, le paret de Manigod est devenu une discipline de glisse, encore marginale, qui connait un nombre croissant d'adeptes, un Championnat de France se déroule dans la vallée de Manigod depuis 1993.

Le paret traditionnel (et réglementaire) est confectionné en bois, avec un lugeon revêtu d'une semelle métallique de 4 cm, une planche en bois inclinée vers l'arrière pour s'asseoir et un manche vertical pour le guider. Pour en savoir plus, visitez la page de Made In Savoie.

Tout le monde a fait au moins une fois dans sa vie de la luge et beaucoup d'entre vous ont chaussé des skis alpins. Le paret permet une glisse hybride car il fait appel à quelques notions de base des techniques de ski, sans "le planté de bâton Mr Dusse!". En gros c'est une glisse moins passive que la pratique de la luge qui peut devenir très technique lorsqu'on décide d'exploiter les capacités de son engin de manière plus extrême.

Vous êtes conquis ? Vous pouvez acheter un paret dans le commerce, le paret traditionnel, ou le yooner (version dérivée) ici ou .

Si comme moi vous avez de vieux skis prenant la poussière dans le garage et l'envie de bricoler, la suite de cet article est faite pour vous. Il vous faut prévoir un budget d'une cinquantaine d'Euros, quelques outils, du temps et de la passion.

Pourquoi ai-je décidé de partager les plans ? Tout simplement parce que j'estime le paret fait partie de notre patrimoine, que ce tuto peut provoquer des vocations de bricolage ou de glisse sur neige. Ces plans sont sous licence CC-BY-NC ce qui veut dire que vous êtes autorisés à le partager à l'identique / le distribuer, à l'adapter/modifier/repenser. En contre-partie, il n'est pas autorisé d'en faire un usage commercial.

Caractéristiques

  • 85 cm de long
  • largeur d'un ski
  • 65 cm de hauteur
  • environ 3,300 kg
  • des sensations uniques

Pour tout niveau. Des notions de bricolage de base sont requises.

Étape 1 : Imaginer les plans

J'ai longuement cherché des plans de construction sur le Net et je n'ai rien trouvé. Je me suis donc basé sur des côtes récoltées à droite et à gauche : en gros l'assise est à environ 20 cm du sol, la longueur du lugeon de 85 cm. Je me suis assis sur une marche d'escalier (à environ 20 cm du sol) et j'ai pris les côtes. Au niveau de l'apparence, je me suis inspiré du paret traditionnel, et du yooner en bois (peut-être de mon ancien Vespa aussi).

Il a donc fallu prendre en compte différents aspects comme, l'utilisation du paret par des personnes de différentes morphologies, la solidité de l'engin, la maniabilité et son look.

Après quelques heures de réflexion et de griffonnage, j'ai couché sur le papier les plans définitifs de mon paret de bougnat :

Plan du paret de bougnat
Je vous mets à disposition une archive zip contenant les plans au format pdf, png et svg.

Étape 2 : Le matériel et les matériaux

Je n'ai pas eu besoin d'acheter de matériel (outils), j'ai utilisé ce que j'avais sous la main :

  • une scie sauteuse
  • des serre-joints
  • une défonceuse
  • une ponceuse
  • un Dremel

Liste des matériaux de base :

  • une planche de contre-plaqué de 120 cm de longueur, 70 cm de largeur, 18 mm d'épaisseur (environ 22 €) pour l'armature et le siège
  • une planche de contre-plaqué de 100 cm de longueur, 10 cm de largeur, 5 mm d'épaisseur (environ 1 €) pour le plaquage sur le ski
  • de la colle à bois
  • de la colle epoxy
  • éventuellement de la pâte à bois

Étape 3 : Découpe de l'armature

On va passer un peu de temps à reporter sur la planche le tracé du plan, puis on fait les découpes à l'aide de la scie sauteuse pour obtenir l'armature, le siège et le dossier :

À l'epoxy ou à la colle à bois, on va coller les deux parties de l'armature en prenant soin de bien les positionner en se servant de serre-joints et éventuellement de tasseaux pour étendre la surface de pression. Laisser sécher 24 heures (12 heures en fonction de la colle utilisée).

Étape 4 : Cintrage et plaquage du bois de finition du ski (facultatif)

Je souhaitais un lugeon d'apparence en bois, c'est plus joli au regard sans donner trop travail. L'armature va être fixée sur le lugeon, en fait directement sur le ski.

Pour cintrer une planche en bois, il existe 3 techniques. La meilleure à mes yeux est celle de la boite à vapeur, le contre-plaqué employé ne faisant que 5 mm d'épaisseur. J'ai souvenir d'avoir vu mon père cintrant de cette manière des morceaux de bois pour créer des patins destinés à l'atterrissage de modèles réduits sur neige.

Boîte à vapeur Cintrage Plaquage

  1. Dans un faitout, on place l'extrémité de la planche sans le plonger dans l'eau, on porte l'eau à ébullition et on laisse attendrir le bois deux bonnes heures.
  2. On applique la planche sur le ski et on les maintient l'un à l'autre avec des serre-joints. Laisser sécher au moins 24 heures.
  3. Après avoir coupé le ski à la dimension souhaitée (85 cm), on procède au marquage et au perçage de la planche selon l'emplacement de l'armature
    Plaquage
  4. Il ne reste plus qu'à coller à l'epoxy la planche découpée à l'intérieur (on découpera après séchage les parties en bois qui débordent du ski). Il faut bien vérifier que l'axe de la partie découpée soit bien dans l'axe du ski.
  5. On laisse sécher 24 heures.

Étape 5 : Défonçage / ponçage / finitions

Maintenant que nous avons collé les deux parties pour l'armature, les trois du dossier et plaqué le ski, il ne reste plus qu'à continuer.

  1. Découpe des parties extérieures qui débordent du ski.
  2. Collage du dossier sur le siège.
  3. Utilisation de la défonceuse pour casser les angles de l'armature, du siège et du dossier.
  4. Ponçage minutieux de toutes les parties.
    IMG_20150206_103514.1024
    Sur cette image, l'armature, le siège et le lugeon ne sont pas encore fixés.

Étape 6 : Fixation des différentes parties

  1. Collage de l'armature sur le lugeon à l'expoxy. Je privilégie ici l'utilisation de l'epoxy car une fois sèche, la colle supporte 130kg/cm². Il est important de bien prendre soin de bien positionner l'armature perpendiculairement au lugeon, dans le cas contraire, il y aura une incidence lors de l'utilisation du paret (centre de gravité / carres du ski). Lors du collage, bien maintenir sous pression avec les serre-joints.
  2. Collage du siège sur l'armature avec les mêmes précautions que pour le collage précédent.
  3. Boulonnage de l'armature au lugeon. Même si je fais confiance au collage à l'epoxy, je préfère m'assurer de la solidité du paret. L'armature fait 56 cm de long, il faut donc diviser la longueur par 4 afin de positionner 3 vis boulonnées (espacement de 14 cm).
    IMG_20150207_102335.1024
  4. Vissage (par précaution) du siège sur l'armature.
  5. En guise de dernière finition, j'appose de chaque côté de l'armature au niveau du lugeon une baguette 1/4 de rond pour masquer la vue du ski (image ci-dessus). Idem pour la partie entre l'armature et la partie inférieure du siège.

Étape 7 : Vernissage

Non, ce n'est pas encore le moment de faire la fête, mais bien de protéger le bois de votre paret 😉

La touche finale sera de vernir votre paret, n'hésitez pas à passer 3 voire 4 couches de vernis.

IMG_20150211_101741

Étape 8 : le test

IMG_20150212_144238.1024

Le paret de bougnat est léger (3,270 kg) et se transporte facilement à la main ou sur l'épaule.

IMG_20150212_163643.800

Lorsqu'on s'assoit sur le paret, on se sent à l'aise et en confiance, les pieds reposant sur le sol. Pour que le paret puisse être manœuvré correctement, il lui faut un minimum de vitesse, laissez le filer puis en modifiant son centre de gravité on arrive à faire de jolies courbes et même s'arrêter comme un skieur (sans freiner avec les pieds). Pour vos premières descentes, je vous conseille une piste large, assez longue, dans l'idéal sans obstacle humain, et sur une neige tendre.

Bon, ok, il m'a fallu deux descentes pour prendre le paret en main (et ne plus goûter la neige), mais après, ce fut un vrai délice. Les sensations sont au rendez-vous : fortes et intenses. Bref que du bonheur.

Vous ne passerez pas inaperçu, les connaisseurs du paret (rares en Auvergne), les accros de la glisse et les curieux viendront certainement à votre rencontre.

Enfin sachez que, sur les pistes, tout engin de glisse est accepté mais vous serez considéré comme un piéton. Aussi pour profiter pleinement des pistes, seules les remontées par téléphérique ou télécabines vous seront permises. Sinon pedibus-jambus (ce que j'ai fait le jour du test).

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, questions ou même des photos de vos parets.

Bonne glisse !

Site officiel du paret de Manigod
Le Paret de Manigod dans "Échapées belles"
Histoire et fabrication des parets de Manigod


Licence Creative Commons
Cet article, sauf mention contraire expresse, est publié sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 3.0 Unported Licence.

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :
Google Plus Twitter Facebook Linkedin Framasphere email Flattr !

6 commentaires sur “DIY : le Paret de Bougnat, sur la base du Paret de Manigod

  1. TRES BON PLAN J EN AI FAIT 2 POUR NOEL ET J EN REFAIT 2 POUR LE MOIS DE MARS VOUS POUVEZ EN VOIRE DES EVOLUTIONS A MERIBEL MOTTARET LE SOIR APRES 17 H DU 10 AU 18 MARS 2016. REALISATION TRES FACILE ET ECONOMIQUE

  2. Bonjour,
    Je suis en train d'essayer de fabriquer un paret d'après vos plans, mais j'ai un peu du mal.
    A quoi correspondent les diamètres ?
    Par exemple pour l'armature, "d 42cm" comment devrais je le reproduire ? En prenant le rayon au compas ? Merci

    • Bonjour Jean Charles,

      Les diamètres correspondent au diamètre des cercles utilisés pour donner les formes arrondies au corps du paret. J'ai malheureusement omis d'indiquer sur le plan le point d'origine de chaque cercle, et donc il faut, à l'aide d'un compas avec la dimension souhaitée, le positionner en y allant à "tâton".
      Pour l'armature, "d 42cm, la chose est plus simple, il faut ouvrir le compas à un diamètre de 42cm (21cm de rayon), positionner la pointe sur la partie horizontale et le crayon sur la partie horizontale à l'extrémité droite et produire le cercle.
      Lorsque j'ai créé mon patron, j'y suis allé en tâtonnant, en décalant quelques fois l'origine du compas pour obtenir un aspect agréable à regarder.
      Je ne suis pas sûre de réellement répondre à la question. Si vous n'y arrivez pas, je vous conseille d'imprimer le plan à taille réelle (sur plusieurs feuille A4) afin de recréer un patron, de le coller sur la planche en bois et de faire le tracé. si vous n'arrivez pas à imprimer le plan, il est toujours possible de reporter les traits droits à l'aide des mesures fournies, de découper dans des feuilles papier tous les cercles de différents diamètre et de les appliquer sur le plan déjà tracé avec les lignes droites. Nul besoin d'être très précis, les imperfections du tracé seront modifiées lors de la coupe et estompées lors du ponçage. C'est la méthode la plus simple et la plus rapide et surtout celle que je vais employer pour fabriquer le paret de mon neveu.

      J'ai créé des parties vides (les parties arrondies) pour une question d'aspect visuel et aussi pour un gain de poids. Vous pouvez tout à fait adapter ces parties vides à votre convenance et laisser libre court à votre imagination. Je conseille toutefois de garder la partie de 2cm entre les parties vides pour garder la résistance de la structure.

      J'espère avoir aidé, n'hésitez pas à me recontacter ici si besoin.

      Cordialement

  3. Bonjour, je suis en train de réaliser un paret selon vos plans, bravo et merci au passage, j'ai une question sur le boulonnage complémentaire de la structure sur le ski, comment procédez-vous, la vis traverse-t-elle complètement la semelle du ski ? Ou bien vous percez par en-dessous et rebouchez ensuite ?

    Merci d'avance de votre aide,

    Humbert

    • Bonjour Humbert,
      Comme vous avez pu le voir, le ski est collé à l'époxy sur une surface de +/-2m². L'époxy a un résistance finale de 130 kg/cm². Le collage époxy suffirait largement donc au maintient du ski sur la structure en toute solidité/sécurité.
      J'ai souhaité boulonner le ski sur la structure parce que je me suis dit que mes 80kg portés à une certaine vitesse et surtout lors de virage où le carre accroche, pour être certain qu'il n'y ait pas de casse.
      Pour ce faire, j'ai percé l'ensemble ski/support de ski (structure) du diamètre de la tige filetée. Il a fallu élargir le trou côté patin en utilisant un foret du diamètre de la tête de vis et d'une profondeur de l'épaisseur de la tête de vis. Le ski étant collé définitivement à la structure , j'ai appliqué de la colle époxy sur le filetage de la vis.
      Ce que je n'ai pas fait (mais que je vais faire), c'est effectivement de "lisser" le patin du ski à la colle ou autre les espaces pour rendre une semelle parfaitement lisse.
      J'espère vous avoir aidé.
      Je profite de faire un retour après deux hivers d'utilisation : ne pas hésiter à multiplier les couches de vernis. En effet outre les contraintes mécaniques exercées sur la structure, il ne faut pas oublier le facteur thermique et ses effets de dilatation/contraction qui peuvent s'opérer. Il faut donc choisir un contreplaqué bien sec, effectuer un ponçage de surface suffisant et vernir 4 voire 5 couches successives avec ponçage léger entre chaque couche. Mieux encore, appliquer 2/3 couches avant l'hiver, après séchage l'été (par exemple) réappliquer 2/3 couches.
      Bon bricolage et bonne glisse 🙂

      • Bonjour, merci de votre réponse et de ces précisions !

        Manquant d'outils et surtout d'expérience et de compétences, j'ai en fait enrôlé un ami ébéniste pour ce petit "chantier" et nous avons donc fait un peu avec les moyens et matériaux qu'il avait sous la main (ex. épicéa 3 plis à la place du contreplaqué), mais c'est votre version qu'on a adoptée et adaptée !

        Du coup nous avons improvisé le we de la Toussaint sans avoir votre réponse encore, pour le boulonnage.

        J'avais bien noté que le collage epoxy était suffisant et que le boulonnage n'était que complémentaire !

        Et je me demandais si en le faisant par en-dessous (comme vous l'avez fait si je comprends bien ?) il n'y aurait pas de problème de glisse (mais léger sûrement) mais plus embêtant potentiellement, d'infiltration de neige et d'humidité abîmant la structure interne du ski ?

        Si on avait retenu cette solution, je pensais reboucher la semelle ensuite, il y a des "bougies" de graphite spéciales (pour un trou de caillou par exemple) à cet effet.

        Mais finalement, il a percé par le dessus, sans aller jusqu'à "traverser" la semelle du ski, et en mettant des inserts plastique dans le ski afin de bien "tenir" la vis.

        (pardonnez mon éventuel manque de rigueur dans le jargon bricolage qui ne m'est pas très familier 🙂 )

        Merci pour le retour également sur le vernis, je vais suivre la consigne ! et merci encore pour votre tuto et votre réponse, j'essaierai de vous envoyer une photo du "produit fini" !

        Humbert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *